Publié le 08/03/2009 à 12:00 par humeurs
[SIZE=14]" Une question me laisse perplexe: est-ce moi ou les autres qui sont fous?"
Albert EINSTEIN.[/SIZE]
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Publié le 08/03/2009 à 12:00 par humeurs
« J
’ai toujours cru que certains endroits sont des aimants et que vous êtes attirés vers eux si vous marchez dans leurs parages. Et cela de manière imperceptible, sans même que vous vous en doutiez. Il suffit d’une rue en pente, d’un trottoir ensoleillé ou bien d’un trottoir à l’ombre. Ou bien d’une averse. Et cela vous amène là, au point précis où vous deviez échouer. Il me semble que le « Condé » par son emplacement avait ce pouvoir magnétique et que si l’on faisait un calcul de probabilités, le résultat l’aurait confirmé : dans un périmètre assez étendu ; il était inévitable de dériver vers lui…(…)
L’un des membres du groupe, Bowing, celui que nous appelions le Capitaine s’était lancé dans une entreprise que les autres avaient approuvée. Il notait depuis bientôt trois ans les noms des clients du Condé, au fur et à mesure de leur arrivée, avec chaque fois, le date et l’heure exacte…Au fond, Bowing cherchait à sauver de l’oubli les papillons qui tournent quelques instants autour d’une lampe. Il rêvait, disait-il, d’un immense registre où auraient été consignés les noms des clients de tous les cafés de Paris depuis cent ans, avec mention de leur arrivée et de leur départ successifs. Il était hanté parce qu’il appelait « les points fixes ». Dans ce flot ininterrompu de femmes, d’hommes, d’enfants, de chiens qui passent et qui finissent par se perdre au long des rues, on aimerait retenir un visage, de temps en temps. Oui, selon Bowing, il fallait au milieu du maelström des grandes villes trouver quelques points fixes… » (…)
« On ne vieillit pas. Avec les années qui passent, beaucoup de gens et de choses finissent par vous apparaître si comiques et si dérisoires que vous leur jetez un regard d’enfant. »
PATRICK MODIANO. Dans le café de la jeunesse perdue.
Publié le 08/03/2009 à 12:00 par humeurs

« Je veux encore parler du sourire de mon chien, bien qu’il soit impossible de le décrire. Chien avait le sourire de ceux qui voient en transparence du monde et du temps, de ceux qui sentent , par tous leurs sens, que la vraie vie n’est pleinement ici que lorsque le silence de l’infini vient palpiter au ras de l’instant présent, que le mystère de l’invisible vient cogner doucement contre les plus simples choses, - le bois d’une table poissée de mousse de bière, la faïence d’une table, la rampe d’un escalier, la croûte d’une miche de pain, le couvercle d’une poubelle, un mur, un arbre….
Il y avait des jours où Chien soudain relevait la tête, dressait ses oreilles et écoutait ; rien ne semblait justifier ce subit sursaut d’attention. Il avait flairé une présence invisible que moi je n’étais pas capable de sentir, mais qu’à travers lui je devinais alors.
Chien avait le sourire des élus sur lesquels l’Ange a posé sa main. C’est au fil des années que je compris cela, - que Chien était en fait le compagnon des Anges. Je ne délire ni ne blasphème, je ne plaisante pas non plus. C’est la vérité. Peut-être y a t il des moments où les hommes dignes d’être touchés par les nages se font si rares, que les Anges, découragés, se tournent alors vers les bêtes. Toujours est-il que de nous deux, Chien et moi, celui qui était le maître de l’autre, c’était lui. Lui côtoyait les Anges, il portait le feu de leurs caresses dans son pelage et la douceur de leur lumière dans son sourire ; moi je marchais derrière lui, dans son ombre.
J’ai dit que la majorité des humains est de peu d’envergure et dénuée d’intérêt, et surtout que beaucoup se comportent en souillons avec la pauvre petite âme qui leur a été donnée ; ils la mettent en lambeaux et en font un torchon. Chien, lui, n’avait pas une âme,- il était une âme. La plus douce et la plus modeste des grandes âmes. Une âme angélique à quatre pattes et à poils fauves. Sublime d’humilité.
Chien a vieilli. Peu à peu il est devenu sourd et aveugle et s’est paralysé du train arrière. Il passait presque tout son temps à dormir d’un sommeil lourd, gémissant, il souffrait. Les vétérinaires que j’ai visités m’ont proposé de le piquer, certains locataires de l’immeuble où j’habitais m’ont donné le même charitable conseil. Aucun ne soupçonnait la vraie nature de Chien. Si je leur avais dit , d’ailleurs, ils auraient ri. Et ils m’auraient fait remarquer, en se croyant très judicieux, qu’un chien de nature angélique, si tant est que cela puisse exister, n’aurait pas dû vieillir si misérablement, grossir si laidement, devenir impotent et malodorant de surcroît. Comme si le fait d’être touché par la lumière des Anges devait obligatoirement transfigurer et embellir, et soustraire aux lois biologiques. Les lois du corps et du temps sont impitoyables. Mon chien a subi la vieillesse, la grande misère de vieillesse, comme n’importe quel être vivant. Il n’a pas été épargné. Et pourquoi aurait-il dû l’être ? Au nom de quoi ? Loin de s’occuper de passe-droits la sainteté se soumet au contraire aux lois et devoirs communs à tous ; mais les gens, parce qu’ils sont crédules du côté des apparences et incrédules côté cœur, parce qu’ils ont l’imagination rabougrie et bétonnée d’idées toutes faites, exigent des miracles pour consentir à croire à ce qu’ils ne comprennent pas. Le mystère se passe de miracles extérieurs, l’invisible n’ que faire des phénomènes extraordinaires. Le merveilleux est d’une absolue discrétion. Et puis, si Dieu est descendu sur la terre en s’incarnat dans le fils de simples gens, s’il a subi le supplice et la honte et la mort d’un vulgaire brigand, pourquoi un ange ne viendrait-il pas sous la forme d’un chien, d’un brave bâtard errant dans les rues d’une ville envahie par les chars ?
Chien était venu vers moi, il ne m’avait jamais quitté, m’avait conduit en des immensités dont j’ignorais l’existence et que personne ne m’avait jamais montrées. Chien fut mon ange gardien, mon compagnon, mon maître. Il était la lumière de ma vie. Comment aurais-je pu écourter les jours de cet animal ? Je l’ai soigné, j’ai veillé sur lui. C’était bien la moindre des choses que je lui devais. Je lui devais tout.
Chien est mort. Il est parti en éclaireur. Il me reste son sourire qui rode encore autour de moi, et la douceur de son pelage qui s’est gravée dans la peau de mes paumes. Il me reste aussi un tout petit peu de son flair au fond du cœur.
C’est avec ce cœur là que j’attends la mort. Je n’ai pas peur. Quand elle viendra me prendre, elle aura la démarche et le sourire de Chien du temps où il s’approchait de moi quand je rentrais du travail pour qu’on ressorte se balader. La mort me conduira où bon lui semblera et ce sera très bien. Sûrement, l’éternité aussi dit avoir une odeur ; un goût de lumière pure. »
SYLVIE GERMAIN. IMMENSITES
Publié le 06/06/2008 à 12:00 par humeurs
"Les rêves sont faits pour entrer dans la réalité, en s'y engouffrant avec brutalité, si besoin est. Ils sont faits pour y réinsuffler de l'énergie, de la lumière, de l'inédit, quand elle s'embourbe dans la médiocrité, dans la laideur et la bêtise."
"Ecrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au coeur des mots."
Sylvie Germain in MAGNUS
Publié le 05/06/2008 à 12:00 par humeurs

"La grammaire est une chanson douce" est un livre vraiment rafraichissant, écrit par Erik Orsenna il y a quelques années, ce court roman est une ode à la langue française dont l'auteur parait vraiment fou amoureux. Un voyage onirique aux pays de la grammaire en particulier et du lexique également, avec de jolies créations comme celui de cette nommeuse qui a le pouvoir de faire revivre les mots tombés dans l'oubli...Entre le conte et le récit, cette jolie petite histoire est à découvrir dès 10 ans et jusqu'à 99 ans...
" Elle était là, immobile sur son lit, la petite phrase bien connue, trop connue : Je t'aime.
Trois mots maigres et pâles, si pâles. Les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps.
Il me sembla qu'elle nous souriait, la petite phrase.
Il me sembla qu'elle nous parlait :
- Je suis un peu fatiguée. Il paraît que j'ai trop travaillé. Il faut que je me repose.
- Allons, allons, Je t'aime, lui répondit Monsieur Henri, je te connais. Depuis le temps que tu existes. Tu es solide. Quelques jours de repos et tu seras sur pieds.
Monsieur Henri était aussi bouleversé que moi.
Tout le monde dit et répète "Je t'aime". Il faut faire attention aux mots. Ne pas les répéter à tout bout de champ. Ni les employer à tort et à travers, les uns pour les autres, en racontant des mensonges. Autrement, les mots s'usent. Et parfois, il est trop tard pour les sauver.
Publié le 05/06/2008 à 12:00 par humeurs
"Qui sait si cette autre moitié de la vie où nous pensons veiller n'est pas un autre sommeil un peu différent du premier, dont nous nous éveillons quand nous pensons dormir?"
BLAISE PASCAL
Publié le 05/06/2008 à 12:00 par humeurs

« Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. Comme l'assaut d'on ne sait quel glaucome froid assombrissant le monde sous sa taie."
extrait de LA ROUTE.
« Voici un livre qui ne va pas vous lâcher. Vous le lirez le soir, vous ne pourrez le fermer. Vous le lirez jusqu’au bout sans jamais le finir: il continuera de vous hanter, de vous ronger, comme s’il continuait de s’écrire en vous, comme une peur chronique. Vous irez travailler mais vous ne serez pas à votre travail. Vous en rêverez la nuit, craignant pour eux, le père et son enfant qui meurent de froid dans ce monde d’après le monde. Vous serez sur la route, les pieds dans la cendre, à marcher avec eux vers une mer impossible. » Didier Jacob
Occurrence avec « Je suis une légende »…le thème n’est pas nouveau certes mais c’est sans aucun doute la manière dont Mac Carthy le traite qui est originale. Un livre dont quoiqu’il arrive on ne ressort pas indemne, tant la vision semble claire et prémonitoire.
L’écriture est nette, incisive, glacée et glaçante. Peuplé de redondances, le style est épuré à l’extrême comme le monde que nous décrit le narrateur… Les deux personnages n’ont pas de nom, à quoi bon dans ce monde qui n’est plus peuplé que de cendres et de monstres, car monstres ils sont tous, les quelques êtres qui affleurent les pages et dont on n’a pratiquement aucune description précise, l’auteur les bannit définitivement de l’humanité en les privant de nom, ils ne sont plus des hommes, même pas des animaux. Animaux absents du roman comme si l’auteur avait préféré leurs épargner une fin définitivement trop funeste et trop indigne.
La nostalgie est présente, elle arrive par flashs rapides et aveuglants dans la tête du père qui se raccroche à ce ciel bleu qu’il a connu, au chant des oiseaux, au vent chaud…toutes ces petites choses insignifiantes qui peuplent notre quotidien et que nous n’apprécions pas tant elles sont habituelles…nous n’entendons plus le chant des oiseaux…lui, mort, les visions disparaîtront pour ne laisser place qu’à la seule cendre.
L’enfant quant à lui n’a aucune pensée heureuse , on imagine même si ce n’est que suggéré par le narrateur, qu’il n’a jamais connu la terre sous une autre forme que celle des cendres et de la désolation. Ainsi est balayé par le même coup, cette chance absolue qu’est l’espoir, qui nous sauve presque à tous les coups… Car le monde de LA ROUTE est définitivement un monde privé de Dieu. L’homme a progressivement mais sûrement au fil des années, des décennies et des siècles, balayé, effacé et finalement tué Dieu. La menace prémonitoire de Nietchze s’est réalisée « Dieu est mort » et ainsi plus rien ne peut stopper le flot de bestialité, de cruauté avec lesquels il vivait en latence depuis toujours. Tout explose, Dieu disparaît et il n’y a plus de soleil pour réchauffer la terre qui enfante, la cendre couvre tout et tous…. les enveloppes creuses, vidées de leur humanité errent désormais sur LA ROUTE de Mac Carthy et la mort elle-même a déserté la partie, écoeurée par tant de néant.
La question essentielle demeure : quels peuvent être les chimériques buts de l’auteur ? Peut-être nous faire comprendre combien l’humanité est précieuse, en tant qu’entité et en tant que moralité…lorsque l’on perd son humanité, quoiqu’il arrive on est condamné à errer, prisonnier de l’enfer sur terre, aveuglé par les cendres qui pénètrent chaque infime parcelle de notre corps et de notre peau et à manger des bébés cuit sur feu de bois à la broche. L’enfer je vous dis !
Publié le 29/04/2008 à 12:00 par humeurs
Bon je craque sur cette pauvre petite loutre...vraiment exceptionnelle...non?
TROUVEE SUR UN BLOG TRES CHOUETTE: loutreasphyxie.canalblog.com
Publié le 15/04/2008 à 12:00 par humeurs
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"D'où venons nous? Que sommes nous? Où allons nous?" est une des peintures les plus célèbres de Paul Gauguin. Peint à Tahiti en 1897–1898, il est maintenant abrité au Musée des Beaux-Arts de Boston, dans le Massachusetts, aux États-Unis.
Gauguin — après avoir juré de mettre fin à ses jours après l'achèvement de ce tableau (il avait déjà fait une tentative de suicide) — indiqua que le tableau devait être lu de droite à gauche, avec les trois principaux groupes de personnes illustrant les questions posées dans le titre. Les trois femmes avec un enfant représentent le début de la vie, le groupe du milieu symbolise l'existence quotidienne des jeunes adultes, et dans le dernier groupe, d'après l'artiste, « une vieille femme approchant la mort apparait réconciliée et résignée à cette idée » ; à ses pieds, « un étrange oiseau blanc [...] représente la futilité des mots. » L'idole bleue à l'arrière-plan représente apparemment ce que Gauguin décrivait comme « L'au-delà ».
Après cette description de l'œuvre il y a l'interprétation. Dans cette fresque, beaucoup d'éléments ou de motifs appartiennent à d'autres œuvres qu'il a peint quelques années auparavant. Par exemple "Eve Bretonne" en 1889, qui est alors devenue la vieillarde de gauche - la réminiscence est même allée jusqu'à lui faire reproduire les racines tentaculaires qui surmontent la tête -; où bien l'enfant au centre mangeant un fruit, déjà peint l'année précédente dans "Jours Délicieux", même le chaton qui lèche, est dans la même position, avec la même écuelle que dans un petit tableau,et un éventail de 1888. La figure centrale est une version allégorique du nu d'homme aux bras levé, peint aux cours des premiers mois tahitien de Gauguin "L'homme à la hâche" de 1891.[/i]
sources: WIKIPEDIA
Publié le 10/04/2008 à 12:00 par humeurs

« No country for old men » (« non, ce pays n’est pas pour le vieil homme ») est un livre de l’un des plus grands romanciers américains actuels : Cormac McCarthy. Agé de75 ans, c'est un écrivain secret et mystérieux qui se tient depuis toujours à l'écart de l'agitation mondaine...
Un roman saisissant à bien des égards, d’abord par l’écriture souvent compliquée et surtout par le changement incessant des focalisations qui rappelle de manière extraordinaire le style de Faulkner .Il est plus que conseillé de s’accrocher aux branches du cocotier en début de lecture pour ne pas perdre le fil !Un livre que personnellement j’ai lu quasiment d’un trait, et dont on a réellement du mal à se détacher une fois en main…le monde de McCarthy est un univers rude où il ne fait pas bon rêver, où s’endormir peut coûter la vie, où le mal dévaste tout et gagne à tous les coups. Car c’est plus que du mal dont il s’agit, l’un des protagonistes est le Diable en personne, Chigurh est un homme au-delà du mal , il est le Mal personnifié, celui contre lequel on ne peut pas lutter. Un roman sombre très sombre...
A la frontière du Texas, Moss découvre un carnage : un homme à moitié mort , d’autres déjà froids, des armes, de l’héroïne et deux millions de dollars dans une mallette…la tentation est trop forte, il prend l’argent mais on ne vole pas impunément des narcotrafiquants et Moss va devenir le gibier d’une abominable chasse à l’homme…un roman palpitant, que j’ai trouvé pour ma part plutôt bien ficelé et qui m’a donné envie de lire d’autres McCarthy…Un livre donc que je recommande très chaudement à ceux qui n’ont pas peur de la violence et dont il me tarde de voir l’adaptation cinématographique qu’en ont fait les frères Coen….